présentation

  1. C’est un atelier
  2. C’est un lieu imparfait
  3. Ça n’est pas selon moi un blog, un bloc-notes, un journal intime ou un carnet de terrain, même si les lecteurs sont libres de le regarder ainsi s’il leur plaît
  4. C’est un lieu où les textes, choses, objets, sont régulièrement retapés, révisés, peaufinés, appauvris, améliorés, supprimés, amputés, refaits, raturés, réagencés
  5. Par conséquent, chaque texte a une infinité de versions toutes aussi légitimes les unes que les autres
  6. Ça n’est pas un puzzle
  7. C’est plutôt un collage
  8. Il y a un espace consacrés aux “trucs”, où j’expose les choses diverses que je fabrique. Il contient des objets ayant rencontré une certaine forme d’achèvement
  9. C’est un lieu à l’écoute de ce qu’on en dit
  10. C’est un lieu silencieux
  11. C’est un espace qui trouvera certainement sa cohérence après de longs atermoiements
  12. C’est un espace d’inachèvement, par conséquent, c’est un espace de vulnérabilité
  13. Mais ça n’est pas un espace intime
  14. C’est un espace d’essai et d’erreur
  15. C’est un lieu d’exposition mais ça n’est pas un lieu de monstration ou de valorisation (en tout cas je ne crois pas)
  16. C’est un espace de distraction et de repos
  17. C’est ma chambre à coucher.

malade

Covid a fatigué mon corps c’est-à-dire
Ma volonté
Le corps est fait de volonté
Du sang de l’air animé mais avant tout de la volonté
Sans volonté le corps est une pièce de marbre
un meuble immobile non plutôt un sabre
De décoration
Le corps est fait de volonté la maladie c’est de ne plus vouloir
et de ne que douloir.


Le corps somnolent tend vers le sommeil comme le corps malade tend vers
La mort
Ça n’est plus la volonté qui le commande c’est sa négation
Son refus
:
Je ne peux pas vouloir mourir je ne peux que vouloir cesser de vivre.
La mort ça n’est pas une chose que l’on veut
Ce qu’on appelle le “désir de mort” est ce qui advient quand la volonté a cessé de se mouvoir
Dans le coeur
De l’homme de la femme de l’enfant
Celui qui se suicide ne commet pas un acte de volonté
Ça n’est pas lui qui se suicide
C’est lui qui arrête de vouloir vivre
Qui se laisse aller comme un fleuve qui déborde
Dans son principe je crois que la volonté ne peut vouloir cesser
Son être étant de se perpétuer
De croître
Je ne crois pas qu’il existe de pulsion de mort

Quand on est malade la volonté néanmoins est affaiblie
Son étreinte est faible elle n’a pas de poigne
Elle manque de fermeté
Comme quand on parle parfois et qu’on se dit alors qu’on parle
Qu’on pourrait aussi bien se taire (ces moments où chaque mot que l’on prononce paraît comme l’ombre du silence, où l’on entend le silence comme par-dessus ce que l’on dit, où l’on attend d’être interrompu par n’importe quoi , une parole, un bruit)
Il y a une tension
Un appel ?
Une suggestion ?
Une attente ?
Quelque chose répugne à venir
Tarde à venir
Une gêne

La Covid a frappé mon corps à la volonté
Malade comme englué dans le corps
Le dualisme – qui voit le corps et l’esprit comme deux entités distinctes
Vient de corps malades c’est-à-dire d’esprits malades c’est-à-dire de corps malades c’est-à-dire…
Entre la pensée et l’action un temps immense
Dans le corps en bonne santé la volonté épouse le corps
Colle à la peau comme une chemise mouillée


C’est cela d’être vieux ?
Tout est difficile c’est comme si
Tout devait être fait deux fois
Il faut doubler l’effort de volonté comme un sac de course trop lourd

Je suis lent
Pourrais-je courir si je le voulais ?

*


Après tout quand tout s’éteint
Ce vouloir en moi malade
Ce sommeil qui ne vient pas
Ou qui ne vient pas seul
Ce sommeil qui ne vient pas ou qui ne vient pas seul
Cette solitude du corps que le sommeil ne dérange pas
Ce sommeil qui ne vient pas seul
Qui ne viendra pas seul et que je n’attends pas
Cette solitude comme aggravée par toutes les compagnies du monde
Dans cette chambre sous-terraine où il y a tout ce que j’aime
Les livres les images les habits les souvenirs mêmes
Où j’ai tant pensé que les murs ont pris la couleur de boue rouge de
Mon esprit
(ainsi ces villes où les usines s’essuient les mains – ainsi Gardanne par exemple)
Ce sommeil qui ne vient pas seul
Peuplé de rêves qui n’ont pas la fantasie des rêves seulement
Leur angoisse
Ces pensées obtuses fixes comme des yeux fébriles
Comme la lumière dure et droite du soleil à quatorze heures
Ces yeux d’où est parti le regard
Cette flamme à peine éteinte
A tel point qu’on ignore si elle est encore une flamme ou déjà une fumée fuyante
Rapide
;;;;::::……….
….

..
.
Quand tout s’éteint
Pourtant
Je suis encore certain
De l’amour de Dieu
De l’amour de ma mère

 ٱللَّٰهُ أَكْبَرُ

lanternes

après avoir fait du sport je retrouve mon corps mon
corps véritable et mon humeur juste je
pense comme il faut respire par le nez car j’
bien transpiré sur mon Velib’ vert re-
-spiré à poumons larges l’air limpide du bois de Boulogne et accueilli
dans mes poumons larges l’odeur de térébenthine confondu à celle
des putes le temps
ne me semble soudain plus ce tourbillon infernalement
tourné sur lui-même ce
cyclone féroce et bavard mais bien plutôt une vague
plaisante après avoir
fait du sport je retrouve mon corps
mon humeur juste et les pensées fleurissent comme
des lanternes alors
je
suis libre

Tout à fait

Il est si difficile d’être soi tout à fait
Je ne fais souvent que me ressembler
Qu’être comme on ferait l’école buissonnière
Je m’absente. M’éloigne puis m’allonge, sur des lits caillouteux
Et dors légèrement et dis dans mon sommeil
Des paroles posthumes celles que j’ai dites
hier

Chaque chose que j’écris est une apocryphe
Je suis sans faire exprès
la plupart du temps
Je ne traverse rien sans que tout me traverse
Partout où il passe mon regard se renverse
……………………………………………………………..Involontairement
Le monde éparpillé me fait pleurer souvent
J’ai un air de famille avec le vent
et l’air

Je laisse sur les tables des nimbes de café noir
Derrière moi l’odeur du cuir ottoman
et du papier journal
*Ma chaussure est éventrée sur le côté
…………………………………………………………… . J’ai faim.
Un client du kebab a laissé sa barquette de frites sur la table dehors
J’en prends une. Elle est froide et molle.
Il fait un peu froid. Il pleut un peu. La télévision à l’intérieur fait du bruit.
Il y a des clients. Cela m’indiffère.
Bientôt je rentrerai chez moi.

Il m’est si difficile d’être moi tout à fait
Je ne fais souvent que me ressembler
Le soir je ferme les yeux comme on ferme un cahier
tout entier recouvert de lignes bizarres
Il est si difficile d’être soi tout à fait
Mais c’est toujours mieux qu’être
Michel
Onfray

:

Liste

Il y a des mots dont on fait un usage trop systématique, parce qu’ils convoquent des imaginaires efficaces. Ils permettent la formation de lignes mélodiques entêtantes, sensées, parlantes. Ça marche, on a envie de taper du pied dessus, on est pris facilement, comme dans le roulis d’une eau légère. Or, écrire de la belle littérature, c’est peut-être explorer des combinaisons harmoniques, rythmiques, qui semblent au premier abord dérangeantes. D’un texte, il m’arrive parfois de vouloir aggraver ou plutôt approfondir (et non pas corriger) les lacunes relevées par mes relecteurs, comme si dans ces anfractuosités, dans ces maladresses, dans ces choses qui ne marchent pas, pouvaient se trouver quelques chemins littéraires : chemins où l’on ne va pas, où l’on ne va pas seul, mauvais lieux, mal-famés ; et quitter les chemins habituels, c’est-à-dire les usages banals, les expressions faciles.

enfant, enfance

territoire

monde

temps

arbre, forêt

corps

les jeux de mot

baiser volé

A peine,
…….subtilement,

……. ……. ……. ……. ……. ……. là,

……. ……. ……. et ……. ……. ……. ……. ……. ……. là,

…….……. ……. ……. là,

comme c’étaient. les étoiles quand en
……. ……. …….avait le ciel l’été

en Bourgogne
……. étoiles sanguines …….. ainsi j’y pouvais
lire en y passant le doigt
…. sagement .

Ce silence . est une jeune main

…. lui
…. …. …. …. et …. ….
…. ….

comme le ciel …….. large de Bourgogne
……. ……. main

ta main où je promène encore …… …….l’haleine baillée du premier matin
…. le faux baiser…………

ta main où la mienne……tandis que l’aube humide s’étire …… se
…… devine
….. …… se devine
…… …. .. se sug-
-gère
ta main comme un mot sur le bout de la langue
. évite en tou-
-chant
…… …… ………

A peine,
…….subtilement,

……. ……. ……. ……. ……. ……. là,

……. ……. ……. et ……. ……. ……. ……. ……. ……. là,

…….……. ……. ……. là,

……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. …….ta main j’y ai vu la grande Ourse ainsi que dans l’eau
……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. crue
……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. ……. d’un lac
……. …………… ta main de bleu mais matin rouge. ça n’était: plus déjà :

……. ……. ……. …….. La tienne

Enantiosémies:

Enfant
pour cesser de :
Parler de soi prem-
-ier pas .
Journée baille
Le monde en soleil mat
montre son
horizontale humide blessure .
Je lis le cielconstellé comme du braille
Limon : gravier : cailloux :
Premier p-
-as
Étonnante fatigue
Tout solitude
Un corps est pesant le
Corps est pesant
Limon : gravier : cailloux : poussière :
Sur un sol blessant les
Premiers p-
-as
Étonnante fatigue
Déjà
Et
Tout:
tout
tout
S’incline
se navre et s’
oblique cou penché fa-
-tigue j’ai bien travaillé
Un corps est pesant
un corps est incertain
faible il peut le di-
re fai-
ble

Examen subjectif du corps. Inventaire non exhaustif

  1. Incorporé, est-ce une énantiosémie accidentelle ? Préfixe in- marque l’appartenance, la direction, le mouvement vers l’extérieur (in-tégré ; in-telligent (in- telos (but): qui comprend, devine, fait preuve de perspicacité, arrive à prévoir la finalité par le calcul).
    Mais aussi, in- : marque le manque, l’absence, la négation, le contraire (incapable, imbécile (in-bacillum : sans support, bâton, guide)).
    Donc, : in-corporé, dans le corps et sans le corps. Incorporer, pourrait être, nier le corps en le domestiquant. Incorporer : double mouvement inverse dans et hors. L’incorportion est toujours une violence que l’on subit (c’est la raison pour laquelle on a parfois dit du concept de “violence symbolique” de Bourdieu qu’il était difficile à distinguer de l’économie générale des actes de socialisation.)
  2. Comprendre le corps par ses usages
    1. jambes : marcher, courir, s’incliner, frapper, enfoncer des portes, danser, battre la mesure ;
      1. les pieds : nus pour les fétichistes et les hippies
    2. mains : toucher, prendre, caresser, s’attacher, serrer, frapper, mépriser, mains c’est la douve entre toi et le monde c’est aussi le lien entre toi et le monde (je parle comme un vieux sage du ghetto noir étasunien des années 70, cf. The Last Poets).
    3. toucher (toucher : énantionsémie, cela veut dire blesser et émouvoir, éloigner et faire fuir.
    4. les mains servent à aimer à haïr à serrer à tuer on le sait les poètes l’ont déjà dit aimer haïr deux étapes du même processus attacher détacher d’abord ensuite A parce que B)
      1. ça sert aussi à utiliser son smartphone ; support d’éloquence (négocier, paraître savant) ; faire des ombres chinoises ; demander la parole (faillot) ; être malpoli (être poli aussi : serrer la main, se curer le nez) ; être lavées avant d’entrer dans un supermarché (covid) et avant d’entrer à table ; être sales ; pour les chiromanciens, c’est comme un livre ; jouer aux cartes ; manger avec les mains (comme un cochon, sans intermédiaire) ; montrer patte blanche ; jouer au shi-fu-mi. ; jouer de la guitare.
    5. le sexe masculin : organe fourbe, attention. double fonction de pisser et de baiser, Janus, ne pas se fier aux apparences, qui le croirait ? comment peut-on à la fois à donner des orgasmes et à servir de support pour dick pics et exhitionnisme sur chatroulette ? ne se montre pas en public. privé. fragile mais fort aussi. force mystique (je parle comme un astrologue tibétain). étonnant. majestueux.
    6. le sexe féminin : demander aux concerné·es. palais romain (je parle comme un néo-lyrique) ;
    7. le dos : avoir mal au dos ;
    8. le front : prélude à la calvitie ;
    9. la calvitie : signe de grande sagesse ;
    10. les sourcils : éviter que la sueur ne tombe sur les yeux ; faire des vagues ; paraître circonspect, en faisant comme ça : “^-“, mais si, tu vois bien.
    1. le nez : à savoir si je peux encore mettre cette chemise aujourd’hui;
    2. les yeux : à voir ; le cœur : à s’aveugler ; à faire des cartes du coeur ;

3. Comprendre le corps par ses manques et ses inclinations (deux faces d’une même pièce). C’est la bonne manière je crois
.. ses .. . dysphories . ses .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. décalage . ses dés-équ-
-libres.
Ses inclinations et des déclinations, ses inclinaisons et ses déclinaises.
Le regard est un trait
d’union entre
les éparpilles du monde
Une main furtive qui prend sans attraper
Comme un oiseau formant des ronds dans le ciel
le regard ne fait souvent que
passer
et
rien d’autre que passer

Pourquoi
confonds-je souvent : avec l’oiseau
l’arroyo simple
où joue l’
enfant ?

Adulte pour commencer à parler
De soi il faut commencer à parler de son enfance.

Tebdu

Que mon poème soit beau et se déroule comme un long fil

Que tout disparaisse s’est-elle écriée
Et tout disparut
Que tout meurt s’est-elle écriée
Et tout mourut
Que tout se désole s’est-elle écriée
Et tout fut désolé
Comme si tout ce qui était devait se navrer
Non seulement d’être mais d’avoir jamais été d’avoir seulement été
D’avoir à peine été si peu si peusi peusi peusi peusi peu
Eté [tebdu]


Comme si le faible bâti avait pêché d’orgueil
……
Le sentier carrossable et ses motos cyclopes
Le chantier vacant où il n’y a que des corbeaux et
Les mégots de clopes
De collégiens en vacances
La luisance sonore des aigres errances
Le sang chaud du tamin
Et sa grandiloquence
L’éloquent chaabi des
Joueurs de mandole
Le mendiant quémandant dehors la coupole
Les loques odorantes et la maigre pitance
Le lanternement des rêveries de France
L’enterrement des corps de France
Leurs loques odorantes et leur maigre pitance
Le lanternement le temps perdu
A rêver de France ou à s’en souvenir
Regarder les avions aller et revenir

Quoi de tout ça méritait ça
Car à l’exception de tout ça d’à peine ça de si peusi peusi peusi peusi peu si peusi peusi peu
On parlait
Mangeait
Dormait
Simplement
(c’est-à-dire assez mal pour parler honnêtement
simplement c’est l’euphémisme pour dire mal
Chez les modestes gens
Et les modestes gens l’euphémisme pour dire les miséreux
Chez les gens miséreux
Une manière de ne pas se salir la bouche quand on parle de soi
De garder sa dignité c’est-à-dire le sentiment abstrait de sa valeur
Voilà l’orgueil qu’on avait celui de dire un peu moins
De ne pas tout dire déclarer un peu moins
Dire ça va quand ça va pas
ça va pas ça va pas ça va pas
Pourtant toi qui nous a affligé de cette chaleur
Tu sais que l’orgueil n’est pas la dignité
Toi qui connaît le verbe comment l’ignores-tu :
La dignité (le sens de l’honneur) est un euphémisme moral
L’orgueil est une hyperbole morale

…...
Quoi
La dignité est-elle à la morale ce que la fraude fiscale est aux impôts
Je veux dire une valeur non-déclarée ?

Douleur non déclarée tirrugza oblige
Sous la coupole et sa grandiloquence on parlait pourtant de choses simples
Et le tamin et sa grandiloquence parlaient de choses simples
Avec grandiloquence de choses simples
Comment distribuer de l’eau à chaque maisonnée
Simple
Partager les récoltes en parties équitables
Simple
Accueillir un pauvre à sa table
Les soirs de Ramadan
Simple
Bien partager la viande le jour de l’Aïd
Simple
Et on disait aussi quelque fois je l’avoue
Pouvoir assassin pouvoir assassin pouvoir assassin
Car c’est comme ça qu’on dit je t’aime
Simple
Chez les modestes gens

Et alors que simplement
On faisait ces choses que l’on a toujours fait
Attendant comme chaque année ce commencement
Ce commencement vint et il vint

Tebdu
C’est le commencement la lueur affamée
Clarté immense puissante annule
Annule le jour annule le jour annule le jour
Le soir tombait sur le soir
Comme si la mort s’endeuillait de la mort de la mort
Le malheur en pléonasme
En foulage
Annule le jour annule le jour annule le jour
Que tout s’annule s’écria t-on
Et tout s’annula
Et ce tebdu-ci commença dans une lueur si forte
Que nos yeux l’entendirent
Aucun tebdu avant ne fut plus tebdu que ce tebdu
Et ce tebdu s’abattit sur les crêtes comme la faulx sur les épis moissonnés
Car il fallait il fallait il fallait que la vie naisse de la mort
Et pour faire annuler d’abord
Tout allumer pour
Tout éteindre

Ça naquit de ce qu’on chérissait
La nature familière
On a dis aaraben on voulait pas dire baba
Les chênes les figuiers les oliviers

L’incendie le grand parricide
Branches brûlantes des arbres forts
Ont saisi la main qui les avait plantés
Et le couvert que la main avait fait de sa cuisse
Et le plat que la main avait fait de son ventre
Ont recouvert ses yeux d’un bandeau noir
Le courtil et son herbe fragile
Où couraient les souris les rats les musaraignes
(au moins ça maintenant on en est débarrassé
Bien sûr car ça nous a débarrassé de tout de tout ce qui fut de tout ce qui était
De tout ce qui voulait pensait marchait
Rampait mangeait tapait
Pouvait portait courait glissait passait
Voyait touchait palpitait palpait brouttait
Sentait
avait
était
avait été
avait été avec persistance avec persévérance avec effort)
|—–ce qui fut—————————-ce qui avait été——————————ce qui est——————–——————-ce qui sera—->

Ce qui fut est encore là par le souvenir la réminiscence dans le langage dans le verbe
Résistant dans les inflexions de la voix dans les proverbes
Dans les mots paroles échangées discrètement comme des biens de contrebande
Comme de la poudre à canon

Et aussi dans la musique
Qui les font passer d’oreille en oreille
C’est si liquide une voix qui chante
C’est si liquide une voix qui chante
C’est si liquide une voix qui chante
C’est si liquide une voix qui chante
C‘est si liquide une voix qui chante
C‘est si liquide une voix qui chante
C’est si liquide une voix qui chante
C’est si liquide une voix qui chante
C’est si liquide une voix qui chanteee
C’est si liquide une voix qui chanteeeeee
C’est si liquide une voix qui chanteeeeeeeeee
Mais ça n’étanche la soif d’aucun feu
Mais ça n’étanche la soif d’aucun feu

Mon poème n’est pas comme un ruisseau il n’étanchera la soif
D’aucun
Feu

Ele

Ele se lève lente. Le soleil passe en biais sur son visage et le divise en deux parties égales, en fait un papier plié, une orange coupée au centre.
Tout dans la pièce paraît disposé arbitrairement et pourtant tout à fait à sa place.
Et le soleil étale
Sur elle Ele elle
Sa flèche horizontale

Ele se lève de son lit, nue, étire ses membres de haut en bas tout en geignant comme un animal heureux. Son corps matinal se déroule et je me dis que je l’aime bien, quand même. A la fois sa forme exactement ajustée à mes mains, son corps en affordance avec mes mains.

On dirait qu’elle prie mais non Elle
Croise seulement les bras comme ça par habitude
Comme ça pour apprivoiser la multitude
De ses pensées,
Former barrage entre
Elle et les pensées des autres