{"id":1686,"date":"2021-09-04T21:08:40","date_gmt":"2021-09-04T19:08:40","guid":{"rendered":"http:\/\/yannisboudina.com\/?page_id=1686"},"modified":"2021-09-11T16:02:16","modified_gmt":"2021-09-11T14:02:16","slug":"zizeus","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/zizeus\/","title":{"rendered":"Zizeus"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Texte r\u00e9dig\u00e9 et d\u00e9clam\u00e9 \u00e0 l&#8217;occasion du vernissage du sculpteur Olivier Gra\u00efne, au Clou de Paris, dans le 6e arrondissement de Paris. Ce texte pr\u00e9sente l&#8217;\u0153uvre de Gra\u00efne et initie une controverse avec la statue d&#8217;Adel Abdessemed repr\u00e9sentant le &#8220;coup de boule&#8221; de Zinedine Zidane contre Materazzi.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>De toute \u0153uvre d&#8217;art, ce qu&#8217;il faut demander d&#8217;abord, c&#8217;est &#8220;\u00e0 quelle question entend-elle r\u00e9pondre ?, quelle est sa n\u00e9cessit\u00e9 ?&#8221;. On va essayer de proposer quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions concernant la statue de Gra\u00efne.<\/p>\n\n\n\n<p>La statue d&#8217;Olivier Gra\u00efne est une repr\u00e9sentation de Zinedine Zidane en pied, d&#8217;environ 1m20, en bronze. Initialement pr\u00e9vue pour des proportions doubles 2m40, l&#8217;artiste a pour des raisons logistiques fait le choix d&#8217;un format r\u00e9duit. Zidane se tient en <em>contrapposto <\/em>nerveux &#8211; la ligne des \u00e9paules ne suit pas celle des hanches &#8211; sur sa jambe droite, et maintient dans sa main droite, appuy\u00e9 contre sa cuisse, le globe du troph\u00e9e du mondial de football. Il tient sa main gauche \u00e0 hauteur de poitrine, et laisse tomber dans son dos un morceau de tissu<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est une sculpture dont le th\u00e8me est familier &#8211; le footballeur Zinedine Zidane &#8211; et qui emprunte \u00e0 une composition classique &#8211; le David de Michel-Ange dont elle est fortement inspir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce Zidane n&#8217;est pas un guerrier pr\u00e9parant le combat mais l&#8217;idole revenant du champ de bataille. Il ne tient pas de fronde mais un drap blanc dans la main. A l&#8217;inverse du David au regard alerte, au corps en tension, qui se pr\u00e9pare au combat contre Goliath, portant son arme \u00e0 la main, Zidane, dans une posture alti\u00e8re, le cou tourn\u00e9 vers la gauche, para\u00eet, en idole, s&#8217;offrir au regard public. Il ne se pr\u00e9pare pas au combat, mais l&#8217;a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9, ou perdu &#8211; selon l&#8217;angle : il porte le globe terrestre dans la main droite, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un ballon de football.<\/p>\n\n\n\n<p>1. Mais \u00e0 l&#8217;inverse de Michel-Ange, qui emprunte la figure biblique de David comme mod\u00e8le pour exalter la virtus fiorentina &#8211; la vertu r\u00e9publicain florentine &#8211; et en constituer un rappel, Gra\u00efne ne nourrit aucune ambition de c\u00e9l\u00e9bration du sujet, ni d&#8217;\u00e9ducation du r\u00e9cepteur : Zidane n&#8217;est pas un mod\u00e8le \u00e9thique et l&#8217;artiste ne s&#8217;en sert pas comme support d&#8217;\u00e9dification. \u00c7a n&#8217;est pas Zidane, en tant que mod\u00e8le de vertu, mais Zidane en tant que figure publique, ic\u00f4ne voire idole d&#8217;un temps, qui int\u00e9resse et surtout questionne le sculpteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel-Ange, r\u00e9pondant \u00e0 une commande, utilisait la figure biblique de David (contre Goliath), t\u00e9m\u00e9raire et courageux, comme mod\u00e8le de vertu \u00e0 imiter ; ce que veut dire Gra\u00efne, c&#8217;est que notre \u00e9poque para\u00eet \u00e9lire ses hommes illustres selon d&#8217;autres crit\u00e8res que la vieille Florence. Et que si elle devait aujourd&#8217;hui se choisir un David, \u00e7a serait s\u00fbrement une sorte de Zidane. Ce pastiche met ainsi en avant un certain ordre des valeurs propre \u00e0 notre temps : aujourd&#8217;hui, les mod\u00e8les de vertu ne sont pas extraits d&#8217;un livre saint mais d&#8217;un bestiaire m\u00e9diatique : ils ne proviennent pas d&#8217;un pass\u00e9 mythologique ou historique mais d&#8217;un pr\u00e9sent imm\u00e9diat, satisfait de lui-m\u00eame et se prenant pour son propre \u00e9talon ; ils ne sont pas admir\u00e9s pour leur facult\u00e9 \u00e0 se risquer pour le collectif mais pour leurs r\u00e9ussites individuelles, leur esprit de conqu\u00eate sur le champ de bataille euph\u00e9mis\u00e9 qu&#8217;est l&#8217;ar\u00e8ne footballistique. Zidane tient en effet le globe terrestre \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un ballon de football, comme si son talent footballistique l&#8217;\u00e9rigeait en ma\u00eetre et possesseur du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>2. En outre, \u00e7a n&#8217;est pas Zidane qui est repr\u00e9sent\u00e9, ou en tout cas pas seulement. On conna\u00eet la phrase de Malraux sur le portrait de Cl\u00e9menceau par Manet : \u00ab Pour que Manet puisse peindre le portrait de Clemenceau, il faut qu&#8217;il ait r\u00e9solu d&#8217;oser y \u00eatre tout, et Clemenceau, presque rien \u00bb. A peu de choses pr\u00e8s, on pourrait appliquer cette formule \u00e0 la sculpture de Gra\u00efne : ce Zidane, c&#8217;est aussi un Gra\u00efne ; mais parce que Gra\u00efne, c&#8217;est aussi une s\u00e9rie d&#8217;influences qui se croisent et se s\u00e9dimentent dans l&#8217;artiste, y sont r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9es (Michel-Ange, la statuaire greco-romaine notamment), ce Zidane est un Gra\u00efne qui fait r\u00e9sonner de multiples influences.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Mais, quoiqu&#8217;il ne soit pas ici question de c\u00e9l\u00e9brer Zidane, il ne s&#8217;agit pas non plus de sacrifier \u00e0 la critique racoleuse. L&#8217;oeuvre de Gra\u00efne reconna\u00eet le pouvoir de fascination exerc\u00e9 par Zidane, et c&#8217;est ce pouvoir de fascination qu&#8217;elle questionne en le mettant en sc\u00e8ne. La sculpture de Gra\u00efne a fonction m\u00e9morielle. Mais dans cette d\u00e9finition, rem\u00e9morer, \u00e7a n&#8217;est pas c\u00e9l\u00e9brer, c&#8217;est exposer, pour porter au questionnement public, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 de la critique collective et de la discussion.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Adel Abdessemed, un autre sculpteur, qui a produit la seule statue de Zidane existante \u00e0 ce jour, ne comprend pas cette subtilit\u00e9. Son oeuvre repr\u00e9sente le coup de t\u00eate commis par le footballeur lors de la finale de la coupe du monde 2006. Ce-dernier, pr\u00e9tendant singer la fonction m\u00e9morielle des statues &#8211; historiquement destin\u00e9es \u00e0 honorer la m\u00e9moire des puissants &#8211; recourt \u00e0 un proc\u00e9d\u00e9 inverse : celui de l&#8217;humiliation des grands. Il immortalise alors, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un paparazzi, le moment g\u00eanant de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 qu&#8217;il se pla\u00eet \u00e0 exposer publiquement. Mais son propos est aussi vain que celui du paparazzi et l&#8217;opprobre ne poss\u00e8de aucune dimension critique v\u00e9ritable. En outre, la d\u00e9marche critique de l&#8217;artiste est singuli\u00e8rement d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9e par sa connivence avec les grands argentiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Arr\u00eatons-nous quelques minutes sur cette oeuvre pour signifier par contraste l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la d\u00e9marche de Gra\u00efne. Dans son but comme dans son principe, elle est rigoureusement antith\u00e9tique \u00e0 celle de Gra\u00efne.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;oeuvre de AA constitue une repr\u00e9sentation sculpturale de l&#8217;acte commis par ZZ envers Materazzi, lors de la finale du mondial 2006. C&#8217;est une statue de plusieurs m\u00e8tres de haut, qui voyage de ville en ville, s&#8217;expose temporairement, ici et l\u00e0, sans jamais demeurer nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p>4.1. D&#8217;abord, par son hyperr\u00e9alisme, elle annule l&#8217;\u00e9quivocit\u00e9 de la repr\u00e9sentation et lui impose une interpr\u00e9tation, unique et d\u00e9finitive. Cet immense bloc de 5 m\u00e8tres parfaitement explicite laisse le spectateur coi. Que penser d&#8217;autre que ce qui est dit, et comme \u00e9clabouss\u00e9, aux yeux ? et qu&#8217;apprendre que l&#8217;on ne sache d\u00e9j\u00e0 : Zidane a donn\u00e9 un coup de boule \u00e0 Materrazzi en finale du mondial.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce souci du d\u00e9tail porte un nom en litt\u00e9rature, c&#8217;est ce qu&#8217;on appelle une hypotypose : c&#8217;est une figure de style consistant en la description ultra pr\u00e9cise, minutieuse, et d\u00e9taill\u00e9e de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, afin de mieux l&#8217;\u00e9voquer \u00e0 l&#8217;imagination du lecteur. Mais l&#8217;hypotypose, dans notre si\u00e8cle qui est celui des images, et surtout, \u00e0 propos de cet art visuel qu&#8217;est la sculpture, para\u00eet particuli\u00e8rement futile et redondant. Car ce qu&#8217;elle offre, c&#8217;est la description d&#8217;une description d&#8217;un incident. Une image par-dessus d&#8217;autres images tout \u00e0 fait identiques : celle des unes de journaux racoleuses dont la sculpture ne se distingue plus gu\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, par une sorte d&#8217;effet de subjugation, li\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence du sens, \u00e0 la pr\u00e9cision de la description et \u00e0 la massivit\u00e9 de l&#8217;objet, elle soumet tout entier le voir \u00e0 une r\u00e8gle d&#8217;interpr\u00e9tation indiscutable.<\/p>\n\n\n\n<p>4.2. La sculpture de la Renaissance pour se l\u00e9gitimer s&#8217;effor\u00e7ait de souligner les liens qui l&#8217;unissait aux arts lib\u00e9raux, prestigieux, relatifs \u00e0 la connaissance : l&#8217;art, \u00e7a n&#8217;\u00e9tait pas seulement de la mati\u00e8re &#8211; \u00e7a n&#8217;\u00e9tait donc pas de l&#8217;artisanat &#8211; c&#8217;\u00e9tait aussi de l&#8217;id\u00e9e. Du sensible et de l&#8217;intelligible. Ce qui est amusant, que Abdessemed para\u00eet motiv\u00e9 par un but similaire qui produit des effets tout \u00e0 fait oppos\u00e9s. Et ainsi, il utilise comme medium artistique une des formes symboliques dominantes de notre temps : la publicit\u00e9. Son travail adopte les usages de la presse \u00e0 scandale, du ragot et du sensationnel : comme la publicit\u00e9, il souhaite attirer l&#8217;attention, se faire voir et se faire remarquer, faire parler, d\u00e9ranger davantage que transgresser, manifestant un go\u00fbt de la montre et de la parade.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, chez lui, l&#8217;art se pr\u00e9sente en reflet de l&#8217;impitoyable loi du monde, alors qu&#8217;on souhaiterait qu&#8217;il en constitue une exception, une parenth\u00e8se, ou qu&#8217;il en permette une fuite, voire une critique. Chez Abdessemed, \u00e7a n&#8217;est donc pas l&#8217;artiste qui fixe les r\u00e8gles de l&#8217;art mais les champs m\u00e9diatique et \u00e9conomique : si Zidane est digne d&#8217;\u00eatre sculpt\u00e9, c&#8217;est en tant qu&#8217;il peut faire vendre. Voil\u00e0 donc toute l&#8217;ampleur de la transgression qu&#8217;il commet.<\/p>\n\n\n\n<p>4.3. Cet art marchand,- soumis \u00e0 la loi du march\u00e9 &#8211; et cet art soucieux de \u00ab marcher \u00bb &#8211; de vendre, d&#8217;\u00eatre efficace ; et aussi un art marchant &#8211; dans le sens o\u00f9 il marche de ville en ville : c&#8217;est un art nomade qui ne laisse de trace nulle part, ni dans les villes, ni dans les esprits ; \u00e9ph\u00e9m\u00e8re comme la publicit\u00e9 dont il adopte la rh\u00e9torique ; comme le ragot qui passe et qu&#8217;on oublie ; comme les flux incessants des buisnessmen press\u00e9s passant de capitale en capitale et d&#8217;affaire en affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu&#8217;il n&#8217;a gu\u00e8re de lieu d&#8217;exposition, il ne s&#8217;interroge pas sur les mani\u00e8res dont il peut communiquer avec ses cadres successifs d&#8217;exposition. Il s&#8217;impose au cadre, \u00e0 la mani\u00e8re des tours de b\u00e9ton \u00e9rig\u00e9es par les promoteurs immobiliers indiff\u00e9rents \u00e0 la topographie des espaces et \u00e0 l&#8217;esprit des lieux. Et il n&#8217;est pas \u00e9tonnant qu&#8217;il puisse s&#8217;imposer partout, \u00ab aller avec tout \u00bb, comme on dit des choses d\u00e9pourvues de caract\u00e8re, comme les musiques d&#8217;ambiance, parce que pr\u00e9cis\u00e9ment, il ne veut rien dire, n&#8217;a pas de sens plus profond que l&#8217;image d&#8217;Epinal, le lieu commun ou le ragot. Il ne cr\u00e9\u00e9 aucune communication, aucun contraste, aucun dialogue, avec l&#8217;endroit o\u00f9 il se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sculpture de AA, c&#8217;est donc une oeuvre qui dit tr\u00e8s fort (5m de haut) et partout (nomade) une chose que tout le monde sait d\u00e9j\u00e0 (que Zidane a mis un coup de t\u00eate \u00e0 Materrazzi) et d&#8217;une mani\u00e8re tout \u00e0 fait ordinaire (empruntant son langage \u00e0 la publicit\u00e9). Elle privatise l&#8217;espace public et en exclue le commun ; tout comme elle privatise l&#8217;herm\u00e9neutique (l&#8217;interpr\u00e9tation) pour imposer un sens.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Alors que chez AA, le sens est impos\u00e9, chez Gra\u00efne, il est compos\u00e9, \u00e0 la fois parce qu&#8217;il rel\u00e8ve de la composition minutieuse et travaill\u00e9e, de la mise en forme et du travail de la mati\u00e8re ; ensuite parce qu&#8217;il est compos\u00e9 de plusieurs \u00e9l\u00e9ments, de plusieurs strates qui entrent en r\u00e9sonnance les unes avec les autres ; enfin parce que le sens est compos\u00e9 dans un jeu dialectique permanent avec le spectateur qui y projette des significations.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est compos\u00e9, mais il est aussi propos\u00e9. Le choix du lieu de l&#8217;exposition n&#8217;est pas anodin \u00e0 cette ambition : c&#8217;est une brasserie du centre-ville parisien livr\u00e9e au passage, et non une galerie d&#8217;art. A travers l&#8217;exposition de la figure publique de Zidane, c&#8217;est aussi un art public qui est offert, c&#8217;est-\u00e0-dire, un art \u00e0 destination du public. En contrapposto nerveux Zidane para\u00eet s&#8217;offrir au regard du spectateur et se laisse contempler, comme l&#8217;idole qu&#8217;il est ; se laissant scruter, il se laisse signifier. Mais tout \u00e0 l&#8217;inverse de l&#8217;oeuvre racoleuse d&#8217;Abdessemed, il se laisse voir, sans se montrer.<\/p>\n\n\n\n<p>La sculpture de AA ne veut rien dire, n&#8217;a rien \u00e0 dire, pr\u00e9cis\u00e9ment en cela qu&#8217;elle se contente de montrer, de se montrer, et de montrer le d\u00e9j\u00e0-su, le d\u00e9j\u00e0 comment\u00e9 (l&#8217;incident). Elle s&#8217;ouvre donc au commentaire (bavardage et p\u00e9rorage : on peut parler d&#8217;elle) mais pas au dialogue (on ne peut pas parler avec elle, exprimer des choses \u00e0 partir d&#8217;elle).<\/p>\n\n\n\n<p>La statue de Gra\u00efne proc\u00e8de selon une logique inverse et, jouant sur une s\u00e9rie de tensions, entre l&#8217;\u00e9tranger et le familier, entre le contemporain et l&#8217;ancien, invite le spectateur le questionnement esth\u00e9tique : la figure de Zidane, est \u00e0 la fois extr\u00eamement famili\u00e8re &#8211; qui ne conna\u00eet pas Zidane ? &#8211; et totalement \u00e9trang\u00e8re &#8211; qui peut se targuer de conna\u00eetre Zidane ? ; la statue s&#8217;appuie sur une composition famili\u00e8re (celle du David de Michel-Ange) et \u00e9veille au premier regard, un sentiment de familiarit\u00e9, pourtant, bien que famili\u00e8re, elle n&#8217;est pas identique \u00e0 ce \u00e0 quoi elle nous fait penser : le Zidane de Gra\u00efne n&#8217;est pas celui de Michel-Ange.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tension entre le familier et l&#8217;\u00e9tranger, cette oscillation entre le d\u00e9j\u00e0 su et l&#8217;ignor\u00e9, qui se double de la mise en communication de r\u00e9f\u00e9rences anachroniques, place le spectateur dans une situation de questionnement et d&#8217;inconfort s\u00e9miotique qui permet un v\u00e9ritable dialogue. Alors que AA para\u00eet donner un ordre, et intimer au spectateur de \u00ab voir \u00bb, OG offre une suggestion et l&#8217;invite \u00e0 regarder. Cette oeuvre est d&#8217;avantage g\u00e9n\u00e9ratrice de sens qu&#8217;elle ne poss\u00e8de de sens explicite arr\u00eat\u00e9. Elle offre des signes et des indices : par exemple, un drap tenu dans la main droite dont on ignore la signification. Et l&#8217;oeil du spectateur y navigue du dit au non-dit, de l&#8217;explicite \u00e0 l&#8217;implicite, de la suggestion \u00e0 l&#8217;affirmation, dans un questionnement constant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, pour reprendre l&#8217;interrogation pos\u00e9e initialement &#8211; \u00e0 savoir \u00ab \u00e0 quelle question entend r\u00e9pondre l&#8217;oeuvre ? \u00bb, on dira que la principale vertu de cette oeuvre, davantage que de r\u00e9pondre \u00e0 des questions, para\u00eet \u00eatre d&#8217;en poser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte r\u00e9dig\u00e9 et d\u00e9clam\u00e9 \u00e0 l&#8217;occasion du vernissage du sculpteur Olivier Gra\u00efne, au Clou de Paris, dans le 6e arrondissement de Paris. Ce texte pr\u00e9sente l&#8217;\u0153uvre de Gra\u00efne et initie une controverse avec la statue d&#8217;Adel Abdessemed repr\u00e9sentant le &#8220;coup de boule&#8221; de Zinedine&#8230; <\/p>\n<div><a href=\"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/zizeus\/\" class=\"btn-link\">READ MORE<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"class_list":["post-1686","page","type-page","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1686"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1686\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1694,"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1686\/revisions\/1694"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}