{"id":1788,"date":"2021-11-23T13:41:39","date_gmt":"2021-11-23T12:41:39","guid":{"rendered":"http:\/\/yannisboudina.com\/?page_id=1788"},"modified":"2022-06-29T20:14:24","modified_gmt":"2022-06-29T18:14:24","slug":"zizeus-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/yannisboudina.com\/index.php\/zizeus-2\/","title":{"rendered":"Zizeus"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Texte r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 l&#8217;occasion du <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=bld-sDUfzPI\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=bld-sDUfzPI\">vernissage de la statue Zizeus<\/a>, d&#8217;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Olivier_Gra%C3%AFne\">Olivier Gra\u00efne<\/a>, en juin 2021, au Clou de Paris (75006).<\/em>  <em>Ce texte pr\u00e9sente l&#8217;\u0153uvre de Gra\u00efne et initie une controverse avec la statue d&#8217;Adel Abdessemed repr\u00e9sentant le &#8220;coup de boule&#8221; de Zinedine Zidane contre Materazzi.<\/em>  <\/p>\n\n\n\n<p>De toute \u0153uvre d&#8217;art, ce qu&#8217;il faut demander d&#8217;abord, c&#8217;est &#8220;\u00e0 quelle question entend-elle r\u00e9pondre ?&#8221;, &#8220;quelle est sa n\u00e9cessit\u00e9 ?&#8221;. On va essayer de proposer quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions concernant la statue de Gra\u00efne.<\/p>\n\n\n\n<p>La statue d&#8217;Olivier Gra\u00efne est une repr\u00e9sentation de Zinedine Zidane en pied, d&#8217;environ 1m20, en bronze. Initialement pr\u00e9vue pour des proportions doubles de 2m40, l\u2019artiste a pour des raisons logistiques fait le choix d\u2019un format r\u00e9duit. &nbsp;Zidane se tient en <em>contrapposto<\/em> nerveux &#8211; la ligne des \u00e9paules ne suit pas celle des hanches &#8211; sur sa jambe droite, et maintient dans sa main droite, appuy\u00e9 contre sa cuisse, le globe du troph\u00e9e du mondial de football. Il tient sa main gauche \u00e0 hauteur de poitrine, et laisse tomber dans son dos un morceau de tissu.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une sculpture dont le th\u00e8me est familier &#8211; le footballeur Zinedine Zidane \u2013 et qui emprunte \u00e0 une composition classique \u2013 le David de Michel-Ange dont elle est fortement inspir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce Zidane n\u2019est pas un guerrier pr\u00e9parant le combat mais l\u2019idole revenant du champ de bataille. Il ne tient pas de fronde&nbsp;mais un drap\u00e9 blanc dans la main. A l\u2019inverse du David au regard alerte, au corps en tension, qui se pr\u00e9pare au combat contre Goliath, portant son arme \u00e0 la main, Zidane, dans une posture alti\u00e8re, le cou tourn\u00e9 vers la gauche, para\u00eet, en idole, s\u2019offrir au regard public. Il ne se pr\u00e9pare pas au combat, mais l\u2019a d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9, ou perdu \u2013 selon l\u2019angle&nbsp;: il porte le globe terrestre dans la main droite, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un ballon de football.<\/p>\n\n\n\n<p>1.&nbsp;Mais \u00e0 l\u2019inverse de Michel-Ange, qui emprunte la figure biblique de David comme mod\u00e8le pour exalter la <em>virtus fiorentina <\/em>\u2013 la vertu r\u00e9publicain florentine \u2013 et en constituer un rappel, Gra\u00efne ne nourrit aucune ambition de c\u00e9l\u00e9bration du sujet, ni d\u2019\u00e9ducation&nbsp;du r\u00e9cepteur : Zidane n\u2019est pas un mod\u00e8le \u00e9thique et l\u2019artiste ne s\u2019en sert pas comme support d\u2019\u00e9dification. \u00c7a n&#8217;est pas Zidane, en tant que mod\u00e8le de vertu, mais Zidane en tant que figure publique, ic\u00f4ne voire idole d\u2019un temps, qui int\u00e9resse et surtout questionne le sculpteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel-Ange, r\u00e9pondant \u00e0 une commande, utilisait la figure biblique de David (contre Goliath), t\u00e9m\u00e9raire et courageux, comme mod\u00e8le de vertu \u00e0 imiter&nbsp;; ce que veut dire Gra\u00efne, c\u2019est que notre \u00e9poque para\u00eet \u00e9lire ses hommes illustres selon d\u2019autres crit\u00e8res que la vieille Florence. Et que si elle devait aujourd\u2019hui se choisir un David, \u00e7a serait s\u00fbrement une sorte de Zidane. Ce pastiche met ainsi en avant un certain ordre des valeurs propre \u00e0 notre temps&nbsp;: aujourd\u2019hui, les mod\u00e8les de vertu ne sont pas extraits d\u2019un livre saint mais d\u2019un bestiaire m\u00e9diatique&nbsp;: ils ne proviennent pas d\u2019un pass\u00e9 mythologique ou historique mais d\u2019un pr\u00e9sent imm\u00e9diat, satisfait de lui-m\u00eame et se prenant pour son propre \u00e9talon&nbsp;; ils ne sont pas admir\u00e9s pour leur facult\u00e9 \u00e0 se risquer pour le collectif mais pour leurs r\u00e9ussites individuelles, leur esprit de conqu\u00eate sur le champ de bataille euph\u00e9mis\u00e9 qu\u2019est l\u2019ar\u00e8ne footballistique. Zidane tient en effet le globe terrestre \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un ballon de football, comme si son talent footballistique l\u2019\u00e9rigeait en ma\u00eetre et possesseur du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>2. En outre, \u00e7a n\u2019est pas Zidane qui est repr\u00e9sent\u00e9, ou en tout cas pas seulement. On conna\u00eet la phrase de Malraux sur le portrait de Cl\u00e9menceau par Manet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour que Manet puisse peindre le portrait de Clemenceau, il faut qu&#8217;il ait r\u00e9solu d&#8217;oser y \u00eatre tout, et Clemenceau, presque rien&nbsp;\u00bb. A peu de choses pr\u00e8s, on pourrait appliquer cette formule \u00e0 la sculpture de Gra\u00efne&nbsp;: ce Zidane, c\u2019est aussi un Gra\u00efne&nbsp;; mais parce que Gra\u00efne, c\u2019est aussi une s\u00e9rie d\u2019influences qui se croisent et se s\u00e9dimentent dans l\u2019artiste, y sont r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9es (Michel-Ange, la statuaire greco-romaine notamment), ce Zidane est un Gra\u00efne qui fait r\u00e9sonner de multiples influences.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Mais, quoiqu\u2019il ne soit pas ici question de c\u00e9l\u00e9brer Zidane, il ne s\u2019agit pas non plus de sacrifier \u00e0 la critique racoleuse. L\u2019\u0153uvre de Gra\u00efne reconna\u00eet le pouvoir de fascination exerc\u00e9 par Zidane, et c\u2019est ce pouvoir de fascination qu\u2019elle questionne en le mettant en sc\u00e8ne. La sculpture de Gra\u00efne a fonction m\u00e9morielle. Mais dans cette d\u00e9finition, rem\u00e9morer, \u00e7a n\u2019est pas c\u00e9l\u00e9brer, c\u2019est exposer, pour porter au questionnement public, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de la critique collective et de la discussion.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Adel Abdessemed, un autre sculpteur, qui a produit la seule statue de Zidane existante \u00e0 ce jour,&nbsp;ne comprend pas cette subtilit\u00e9. Son \u0153uvre repr\u00e9sente le coup de t\u00eate commis par le footballeur lors de la finale de la coupe du monde 2006. Ce-dernier, pr\u00e9tendant singer la fonction m\u00e9morielle des statues \u2013 historiquement destin\u00e9es \u00e0 honorer la m\u00e9moire des puissants \u2013 recourt \u00e0 un proc\u00e9d\u00e9 inverse&nbsp;: celui de l\u2019humiliation des grands. Il immortalise alors, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un <em>paparazzi<\/em>, le moment g\u00eanant de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 qu\u2019il se pla\u00eet \u00e0 exposer publiquement. Mais son propos est aussi vain que celui du paparazzi et l\u2019opprobre ne poss\u00e8de aucune dimension critique v\u00e9ritable. En outre, la d\u00e9marche critique de l\u2019artiste est singuli\u00e8rement d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9e par sa connivence avec les grands argentiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Arr\u00eatons-nous quelques minutes sur cette \u0153uvre pour signifier par contraste l\u2019int\u00e9r\u00eat de la d\u00e9marche de Gra\u00efne. Dans son but comme dans son principe, elle est rigoureusement antith\u00e9tique \u00e0 celle de Gra\u00efne.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre de AA constitue une repr\u00e9sentation sculpturale de l\u2019acte commis par ZZ envers Materazzi, lors de la finale du mondial 2006. C\u2019est une statue de plusieurs m\u00e8tres de haut, qui voyage de ville en ville, s\u2019expose temporairement, ici et l\u00e0,&nbsp;sans jamais demeurer nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p>4.1. D\u2019abord, par son hyperr\u00e9alisme, elle annule l&#8217;\u00e9quivocit\u00e9 de la repr\u00e9sentation et lui impose une interpr\u00e9tation, unique et d\u00e9finitive. Cet immense bloc de 5 m\u00e8tres parfaitement explicite laisse le spectateur coi. Que penser d\u2019autre que ce qui est dit, et comme \u00e9clabouss\u00e9, aux yeux ? et qu\u2019apprendre que l\u2019on ne sache d\u00e9j\u00e0 : Zidane a donn\u00e9 un coup de boule \u00e0 Materrazzi en finale du mondial.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce souci du d\u00e9tail porte un nom en litt\u00e9rature, c\u2019est ce qu\u2019on appelle une <em>hypotypose<\/em>&nbsp;: c\u2019est une figure de style consistant en la description ultra pr\u00e9cise, minutieuse, et d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, afin de mieux l\u2019\u00e9voquer \u00e0 l\u2019imagination du lecteur. Mais l\u2019hypotypose, dans notre si\u00e8cle qui est celui des images, et surtout, \u00e0 propos de cet art visuel qu\u2019est la sculpture, para\u00eet particuli\u00e8rement futile et redondant. Car ce qu\u2019elle offre, c\u2019est la description d\u2019une description d\u2019un incident. Une image par-dessus d\u2019autres images tout \u00e0 fait identiques&nbsp;: celle des unes de journaux&nbsp;racoleuses dont la sculpture ne se distingue plus gu\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, par une sorte d\u2019effet de subjugation, li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vidence du sens, \u00e0 la pr\u00e9cision de la description et \u00e0 la massivit\u00e9 de l\u2019objet, elle soumet tout entier le <em>voir<\/em> \u00e0 une r\u00e8gle d\u2019interpr\u00e9tation indiscutable.<\/p>\n\n\n\n<p>4.2. La sculpture de la Renaissance pour se l\u00e9gitimer s\u2019effor\u00e7ait de souligner les liens qui l\u2019unissait aux arts lib\u00e9raux, prestigieux, relatifs \u00e0 la connaissance : l\u2019art, \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas seulement de la mati\u00e8re \u2013 \u00e7a n\u2019\u00e9tait donc pas de l\u2019artisanat &#8211; c\u2019\u00e9tait aussi de l\u2019id\u00e9e. Du sensible et de l\u2019intelligible. Ce qui est amusant, c&#8217;est qu&#8217;Abdessemed para\u00eet motiv\u00e9 par un but similaire qui produit des effets tout \u00e0 fait oppos\u00e9s. Et ainsi, il utilise comme <em>medium<\/em> artistique une des formes symboliques dominantes de notre temps&nbsp;: la publicit\u00e9. Son travail adopte les usages de la presse \u00e0 scandale, du ragot et du sensationnel&nbsp;: comme la publicit\u00e9, il souhaite attirer l\u2019attention, se faire voir et se faire remarquer, faire parler, d\u00e9ranger davantage que transgresser, manifestant un go\u00fbt de la montre et de la parade.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, chez lui, l\u2019art se pr\u00e9sente en reflet de l\u2019impitoyable loi du monde, alors qu\u2019on souhaiterait qu\u2019il en constitue une exception, une parenth\u00e8se, ou qu\u2019il en permette une fuite, voire une critique. Chez Abdessemed, \u00e7a n\u2019est donc pas l\u2019artiste qui fixe les r\u00e8gles de l\u2019art mais les champs m\u00e9diatique et \u00e9conomique&nbsp;: si Zidane est digne d\u2019\u00eatre sculpt\u00e9, c\u2019est en tant qu\u2019il peut faire vendre. Voil\u00e0 donc toute l\u2019ampleur de la transgression que commet le plasticien.<\/p>\n\n\n\n<p>4.3. Cet art marchand,\u2013 soumis \u00e0 la loi du march\u00e9 \u2013 et cet art soucieux de \u00ab&nbsp;marcher&nbsp;\u00bb &#8211; de vendre, d\u2019\u00eatre efficace&nbsp;; et aussi un art marchant \u2013 dans le sens o\u00f9 il marche de ville en ville&nbsp;: c\u2019est un art nomade qui ne laisse de trace nulle part, ni dans les villes, ni dans les esprits&nbsp;; \u00e9ph\u00e9m\u00e8re comme la publicit\u00e9 dont il adopte la rh\u00e9torique ; comme le ragot qui passe et qu\u2019on oublie&nbsp;; comme les flux incessants des <em>buisnessmen<\/em> press\u00e9s passant de capitale en capitale et d\u2019affaire en affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019il n\u2019a gu\u00e8re de lieu d\u2019exposition, il ne s\u2019interroge pas sur les mani\u00e8res dont il peut communiquer avec ses cadres successifs d\u2019exposition. Il <em>s\u2019impose <\/em>au cadre, \u00e0 la mani\u00e8re des tours de b\u00e9ton \u00e9rig\u00e9es par les promoteurs immobiliers indiff\u00e9rents \u00e0 la topographie des espaces et \u00e0 l\u2019esprit des lieux. Et il n\u2019est pas \u00e9tonnant qu\u2019il puisse s\u2019imposer partout, \u00ab&nbsp;aller avec tout&nbsp;\u00bb, comme on dit des choses d\u00e9pourvues de caract\u00e8re, comme les musiques d\u2019ambiance, parce que pr\u00e9cis\u00e9ment, il ne veut rien dire, n\u2019a pas de sens plus profond que l\u2019image d\u2019Epinal, le lieu commun ou le ragot. Il ne cr\u00e9\u00e9 aucune communication, aucun contraste, aucun dialogue, avec l\u2019endroit o\u00f9 il se trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sculpture de AA, c\u2019est donc une \u0153uvre qui dit tr\u00e8s fort (5m de haut) et partout (nomade) une chose que tout le monde sait d\u00e9j\u00e0&nbsp;(que Zidane a mis un coup de t\u00eate \u00e0 Materrazzi) et d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait ordinaire (empruntant son langage \u00e0 la publicit\u00e9). Elle privatise l\u2019espace public et en exclue le commun&nbsp;; tout comme elle privatise l\u2019herm\u00e9neutique (l\u2019interpr\u00e9tation) pour imposer un sens.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Alors que chez AA, le sens est impos\u00e9, chez Gra\u00efne, il est compos\u00e9, \u00e0 la fois parce qu\u2019il rel\u00e8ve de la composition minutieuse et travaill\u00e9e, de la mise en forme et du travail de la mati\u00e8re&nbsp;; ensuite parce qu\u2019il est compos\u00e9 de plusieurs \u00e9l\u00e9ments, de plusieurs strates qui entrent en r\u00e9sonnance les unes avec les autres&nbsp;; enfin parce que le sens est compos\u00e9 dans un jeu dialectique permanent avec le spectateur qui y projette des significations.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est compos\u00e9, mais il est aussi propos\u00e9. Le choix du lieu de l\u2019exposition n\u2019est pas anodin&nbsp;\u00e0 cette ambition : c\u2019est une brasserie du centre-ville parisien livr\u00e9e au passage, et non une galerie d\u2019art. A travers l\u2019exposition de la figure publique de Zidane, c\u2019est aussi un art public qui est offert, c\u2019est-\u00e0-dire, un art \u00e0 destination du public. En <em>contrapposto<\/em> nerveux Zidane para\u00eet s\u2019offrir au regard du spectateur et se laisse contempler. Se laissant scruter, il se laisse signifier. Mais tout \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019\u0153uvre racoleuse d\u2019Abdessemed, il se laisse voir, sans se montrer.<\/p>\n\n\n\n<p>La sculpture de AA ne veut rien dire, n\u2019a rien \u00e0 dire, pr\u00e9cis\u00e9ment en cela qu\u2019elle se contente de montrer, de se montrer, et de montrer le <em>d\u00e9j\u00e0-su<\/em>, le d\u00e9j\u00e0 comment\u00e9 (l\u2019incident). Elle s\u2019ouvre donc au commentaire (bavardage et p\u00e9rorage&nbsp;: on peut parler d\u2019elle) mais pas au dialogue (on ne peut pas parler avec elle, exprimer des choses \u00e0 partir d\u2019elle).<\/p>\n\n\n\n<p>La statue de Gra\u00efne proc\u00e8de selon une logique inverse et, jouant sur une s\u00e9rie de tensions, entre l\u2019\u00e9tranger et le familier, entre le contemporain et l\u2019ancien, invite le spectateur au questionnement esth\u00e9tique&nbsp;: la figure de Zidane, est \u00e0 la fois extr\u00eamement famili\u00e8re &#8211; qui ne conna\u00eet pas Zidane&nbsp;? &#8211; et totalement \u00e9trang\u00e8re &#8211; qui peut se targuer de conna\u00eetre Zidane&nbsp;? ; la statue s\u2019appuie sur une composition famili\u00e8re (celle du David de Michel-Ange) et \u00e9veille au premier regard, un sentiment de familiarit\u00e9, pourtant, bien que famili\u00e8re, elle n\u2019est pas identique \u00e0 ce \u00e0 quoi elle nous fait penser&nbsp;: le Zidane de Gra\u00efne n\u2019est le David de Michel-Ange.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tension entre le familier et l\u2019\u00e9tranger, cette oscillation entre le d\u00e9j\u00e0 su et l\u2019ignor\u00e9, qui se double de la mise en communication de r\u00e9f\u00e9rences anachroniques, place le spectateur dans une situation de questionnement et d\u2019inconfort s\u00e9miotique qui permet un v\u00e9ritable dialogue. Alors que AA para\u00eet donner un ordre, et intimer au spectateur de \u00ab&nbsp;voir \u00bb, OG offre une suggestion et l\u2019invite \u00e0 regarder. Cette \u0153uvre est d\u2019avantage g\u00e9n\u00e9ratrice de sens qu\u2019elle ne poss\u00e8de de sens explicite arr\u00eat\u00e9. Elle offre des signes et des indices&nbsp;: par exemple, un drap\u00e9 tenu dans la main droite dont on ignore la signification. Et l\u2019\u0153il du spectateur y navigue du dit au non-dit, de l\u2019explicite \u00e0 l\u2019implicite, de la suggestion \u00e0 l\u2019affirmation, dans un questionnement constant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, pour reprendre l\u2019interrogation pos\u00e9e initialement \u2013 \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;\u00e0 quelle question entend r\u00e9pondre l\u2019\u0153uvre&nbsp;?&nbsp;\u00bb -, on dira que la principale vertu de cette sculpture, davantage que de r\u00e9pondre \u00e0 des questions, para\u00eet \u00eatre d\u2019en poser. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 l&#8217;occasion du vernissage de la statue Zizeus, d&#8217;Olivier Gra\u00efne, en juin 2021, au Clou de Paris (75006). 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